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Lundi, 14 novembre, 2011

BLOOD ORANGE Coastal Grooves

«I’m not your saviour baby girl», chante Devonté Hynes sur Forget It, en ouverture de Coastal Grooves. Même s’il se dédouane d’être un sauveur, le garçon contribue néanmoins largement à faire le bonheur de nos tympans depuis quelques mois, voir même quelques années pour ceux qu’ils l’avaient repéré plus tôt. Rejoignant les kids vénères de Test Icicles, avec qui il sortira For Screening Purposes Only sur Domino en 2005, il devient ensuite Lightspeed Champion. Deux albums folk assez personnels plus tard, le voilà de retour avec son projet Blood Orange.

Entre-temps, l’Américain et ex-Londonien d’adoption a composé pour les Chemical Brothers, Florence And The Machine, Theophilus London ou Solange Knowles. Il s’est également installé à Brooklyn, et a subi une délicate et sérieuse opération de la voix. Et, de manière volontaire ou non, sa façon de chanter a changé. Il assume désormais avec Blood Orange une sensualité indéniable, et se fait charmeur.

Ce groove charnel se matérialise sur Sutphin Boulevard, avec ses notes asiatiques en fond, que l’on retrouve ici et là d’ailleurs sur Coastal Grooves. Le ciel s’obscurcit légèrement sur Can We Go Inside Now?, et Devonté Hynes se fait alors entreprenant, voir carrément coquin sur Champagne Coast («Come Into My Bedroom»). Complete Failure, avec ses arrangements soyeux et sa torpeur feutrée, est une douce merveille. Mais le bougre n’en n’oublie pas pour autant de nous faire danser, sur S’Cooled, entre funk blanc et disco minimale. Et le coup fatidique est porté par I’m Sorry We Lied, morceau obsédant propulsé par une rythmique cold-wave martiale, et sur lequel il pose un chant à la fois langoureux et inquiet, convoquant les spectres de Robert Smith et Chris Isaak.

Coastal Grooves est sans aucun doute le projet le plus abouti de Devonté Hynes à ce jour. Le New-Yorkais a troqué les chemises, gilet et lunettes trendy version East London pour enfiler son vieux perfecto limé du Lower East Side, et ce nouveau costume Blood Orange lui va comme un gant. Il n’est peut-être pas un sauveur dans le sens religieux du terme, mais à coup sûr un compagnon de route devenu indispensable.

Cédric B

8,5/10

Paru le 29/08/11 (Domino)

Blood Orange – Sutphin Boulevard from Blood Orange on Vimeo.

posted by Cedric at 9:29  

Vendredi, 4 novembre, 2011

ZOMBY Dedication

Une histoire de temps, une réflexion sur la durée. L’album de Zomby m’est tombé dessus cet été, et voilà seulement que je trouve le temps d’approfondir le sujet. Mais l’horloge tourne, et bientôt sonnera l’heure des bilans, donc autant se concentrer sur l’essentiel.

Les producteurs dubstep aiment à entretenir le mystère, et rester autant que faire se peut dans l’ombre. Tout comme Burial,l’Anglais Zomby est de ceux-là. Un premier album, Where were U in ‘92, entre revival rave et breakbeat house, avait attiré l’attention il y a trois ans, avant deux maxis sortis par la suite sur le label Hyperdub. Et à la surprise générale, c’est sur le label  gothique mythique 4AD qu’il sort son second opus, Dedication, cet été.

Witch Hunt plante le décor, celui d’un champ de bataille post-apocalyptique éclairé par des lumières stroboscopiques et où retentissent encore quelques coups de feu. La noirceur règne pour mieux nous surprendre ensuite. Natalia’s Song est tout simplement un des plus beaux morceaux électroniques entendus ces dernières années. Construit sur une rythmique dubstep et parsemé de samples féminins, qui ne sont pas sans rappeler le meilleur de Four Tet, il nous enveloppe d’une mélancolie ouatée aussi chaude et agréable qu’une couette de plumes au cœur de l’hiver.

Dedication brille par sa diversité, même si l’homme est pressé et qu’il ne s’attarde que rarement plus de deux minutes par piste. Alothea, un morceau hanté à la rythmique épurée qui nous fait traverser un couloir à peine éclairé par quelques notes lumineuses, s’enchaîne sur le fascinant Black Orchid, symphonie électronique de poche. La ballade fantasmagorique se poursuit avec Riding With Death, où un tapis roulant prend place sous nos pieds. Le rêve se mue en cauchemar, aspiré par l’atmosphère tourmentée de Vortex.

Une porte s’ouvre et l’on découvre Things Fall Appart, écrin parfait pour la voix si particulière du chanteur d’Animal Collective Panda Bear. Les ambiances hétéroclites s’emboitent, du r’nb trancey de Lucifer aux sonorités 8-bit envoûtantes de A Devil Lay Here, en passant par la drum’n’bass anémique de Florence, traversée de notes asiatiques. Digital Rain nous transporte enfin dans un bar d’une ruelle sombre empruntée à Blade Runner, laissant notre esprit vagabonder en observant les gouttes d’une pluie cristalline tomber.

Dedication offre un véritable trip, une odyssée électronique et onirique. La pallette des sonorités proposées est d’une diversité ahurissante. Zomby s’est, à l’instar de la plupart des ses collègues issus de la scène dubstep, émancipé du genre pour proposer un projet ambitieux de très haut vol, peut-être le plus bel objet électronique entendu depuis Caribou ou Four Tet. Avec un seul bémol, relatif au temps. Les morceaux sont courts pour la plupart, et l’album ne dure que 35 minutes. On se laisse aller à imaginer ce qu’auraient pu donner certaines de ces brillantes esquisses achevées.

Cédric B

9/10

Paru le 12/07/11 (4AD/Naîve)

posted by Cedric at 9:10  

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